De l'huile de moteur dans les aliments

L'article du Canard enchaîné :


Achetées en Ukraine, 40000 tonnes d’huile de tournesol coupée au lubrifiant pour moteur ont été distribuées en Europe. Et les produits concernés n’ont pas du tous disparu des rayons français.


Depuis le 5 mai, de mayonnaise, des plats cuisinés, de la vinaigrette industrielle, des conserves à l’huile, etc… préparées avec de l’huile de moteur sont en vente dans les grandes surfaces. Et ce avec la bénédiction des pouvoirs publics et de la Commission européenne. Bien sur, le consommateur n’a pas été informé…

Officiellement, tout commence le 21 avril dernier, quand le groupe Saipol, numéro un français de la transformation des oléagineux et
 
accessoirement propriétaire de Lesieur, prévient la Répression des Fraudes que son usine de Sète, où est raffinée de l’huile de tournesol brute, il y a un sérieux pépin. Une grosse rasade d’huile achetée en Ukraine est farcie à l’”huile de moteur“, huile minérale dérivée d’hydrocarbure. Et pas qu’un peu : d’après nos informations, sur 2800 tonnes d’huile apparemment irréprochable, livrées en France, 19 tonnes auraient mieux fait d’aller graisser des rouages et des pistons que des gosiers. Deux jours plus tard, la France informe officiellement ses voisins européens : cette cargaison fait partie d’un énorme lot de 40000 tonnes, qui a atterri non seulement en France, mais aussi aux Pays-Bas, en Italie et en Espagne. Et c’est tout le lot qui a été trafiqué ! De quoi, pour les escrocs, se faire du beurre : sachant que la tonne d’huile de tournesol brute est vendue 1800 euros et que d’après les confidences d’un fonctionnaire de la Commission européenne, ce sont en tout pas moins de 280 tonnes d’huile de moteur qui ont été introduites en douce dans les containers, les margoulins d’Ukraine ont empoché un bénéfice de 504000 dollars (moins ce qu’ils ont déboursé pour l’huile bidon, certes, mais celle ci coûte des clopinettes).
 
A partir du 26 avril, la Commission européenne et la répression des fraudes rendent publique l’alerte. Officiellement, l’huile de tournesol frelatée mise en bouteilles et les plats préparés à partir de cette mixture ont tous été retirés des rayons et “n’ont pas atteint le consommateur“. Fort bien, mais, au fait combien de lots ont été retirés en tout ? Questionnée par “Le Canard”, la DGGCRF, autrement dit, la Répression des fraudes, explique que “compte tenu du nombre d’entreprises concernées, il est impossible d’en connaître le nombre exact“. Chez Carrefour Promodès, enseigne qui possède la moité des grandes surfaces alimentaires en France, on admet du bout des lèvres avoir retiré pas moins de… 200 produits concernés !
 
Bref, tout baigne. Sauf qu’il reste un léger problème : Saipol, la maison mère de Lesieur (laquelle marque a fait répondre au Canard par son agence de com’ qu’elle n’était “en rien concernée“), a reçu sa cargaison d’huile frelatée fin février. Et n’y a vu que du feu. Jusqu’à ce qu’un mois plus tard un industriel du nord de l’Europe, destinataire du même lot, l’informe après analyse que quelque chose clochait dans l’huile de tournesol ukrainienne . Et ce n’est qu’un mois plus tard que Lesieur a enfin sonné l’alerte auprès de la Répression de fraudes. La question qui se pose est cruciale : combien de produits assaisonnés à l’huile frelatée ont été conditionnés et commercialisés entre-temps ? Saipol reconnait avoir raffiné l’huile en question pour la vendre ensuite à “une trentaine de clients de l’industrie agroalimentaire“ , dont il refuse de citer les noms. Mystère et salade verte. […]
Mais il y a plus sérieux : contrairement à ce qu’ont d’abord assuré la Commission européenne et les pouvoirs publiques français, tous les produits additionnés d’huile contaminés n’ont pas été retirés des rayons. En effet, le 2 mai, la Commission européenne s’est fendue en catimini d’une recommandation autorisant la vente de tous les aliments contenant moins de 10% d’huile de tournesol frelatée. […] Comme l’admet la DGCCRF dans une note adressée au Canard, le 7 mai, “en l’absence de toxicité aiguë”, tant pis pour les mayonnaises et autres petits plats déjà vendus. “Aucun rappel” n’a été effectué .[…]


Le Canard enchainé, 14 mai 2008


Les sociétés (et toutes leurs marques et sous-marques) concernées selon Le Canard enchaîné, sont "Saupiquet, Unilever (propriétaire deKnorr, Magnum, Fruit d'Or, Miko, Planta Fin, Amora…) mais également Carrefour Promodès et Auchan. Ainsi, on peut trouver cette huile de moteur dans des batonnets de Surimi, du cèleri rémoulade, de la soupe de poisson en conserve, du poisson pané, des paupiettes de veau, du thon et des sardines à l'huile, mais aussi dans la pâte à tartiner chocolatée, le blé pour petit déj', les gauffrettes à la confiture, les barres céréalières et sucrées pour les enfants, les cookies et bien sur la mayonnaise, le tarama, la sauce béarnaise et enfin de la sauce vinaigrette." 150 à 200 références sont concernées.

 

Lien : http://pourunmondedurable.blogspot.fr/2008/06/de-lhuile-de-moteur-dans-les-aliments.html

Communiqué de presse de la DGCCRF de mai 2008

HUILE DE TOURNESOL EN PROVENANCE D’UKRAINE
POINT DE SITUATION AU 27 MAI

A la suite d’une contamination d’huile de tournesol brute en provenance d’Ukraine par des huiles
minérales, des teneurs atteignant 4060 ppm (milligrammes par kilo) dans les huiles brutes et 1100
ppm dans l’huile raffinée ont pu être mises en évidence.
La contamination concernait 2800 tonnes d’huile brute importée par le port de Sète le 23 février 2008.
À la suite du raffinage et du mélange de l’huile contaminée avec des huiles de tournesol non
contaminées d’autres origines, 4438 tonnes d’huile de tournesol raffinées ont été mises sur le marché
entre le 28 février 2008 et le 4 avril 2008.
Les analyses du laboratoire de la DGCCRF de Marseille, spécialisé dans les corps gras, de l'ITERG
(Institut technique des professions du gras), de l'IFP (Institut français des pétroles), de SGS1 aux Pays-
Bas et du laboratoire Verwey à Rotterdam, ont décelé la présence d’huile minérale de haute viscosité
mais pas de produits dangereux tels que : dioxine, métaux lourds, composés aromatiques (HAP et
PCB), diesel.
Les analyses ont montré qu’en fonction des semaines de raffinage écoulées entre le 28 février et le 4
avril 2008, le niveau de contamination de l’huile de tournesol raffinée variait de 305 mg/kg à 1040
mg/kg. Dans d’autres États membres de l’Union européenne, les sources d'approvisionnement étant
différentes, les taux de contamination pouvaient être différents de ceux constatés en France.
Dans un premier temps la DGCCRF a demandé aux entreprises de bloquer et de retirer de la vente les
bouteilles d’huile ainsi que les denrées alimentaires contenant plus de 10% d’huile de tournesol
contaminée.
Sur la base des analyses effectuées, les autorités scientifiques (AFSSA3 et AESA4) ont évalué le risque
et par suite les mesures de retrait du marché ont été décidées.
Ainsi, l’AFSSA dans ses avis du 24 avril complété le 2 mai, et du 7 mai 2008, précise que :
- la consommation moyenne d’huiles végétales et matières grasses végétales est de 1g / kg de
poids corporel / jour chez l’adulte et 1,3 g / kg de poids corporel / j chez l’enfant de 3 à 14 ans
- sur la base d’une dose journalière admissible, DJA (établie par le JECFA5) de 20 mg/kg pc/j
pour de l’huile minérale de forte viscosité, l’apport en huile minérale par la consommation de
denrées alimentaires contenant de l’huile de tournesol à moins de 10 % représente 1% de la
DJA.
L’AFSSA a estimé l’exposition en prenant en compte l’ensemble des types de denrées contenant ou
pouvant contenir de l’huile de tournesol. Il s’agissait d’identifier la contribution des différents types
de denrées à l’exposition selon plusieurs scénarios. Elle en déduit que la consommation des denrées
contenant ou pouvant contenir de l’huile de tournesol représente dans le scénario d’un enfant fort
consommateur au maximum 7,5 % de la DJA d’huile minérale de forte viscosité.
De son côté, la Commission européenne a formulé deux recommandations et a confirmé le 5 mai
2008, sur la base des informations fournies par l’AESA, que le contaminant est une huile minérale de
haute viscosité ayant une DJA de 20 mg/kg/pc/j. Elle a recommandé aux États-membres d’appliquer
un seuil de 300 ppm maximum de contamination pour les denrées élaborées à partir d’huile
contaminée.
1 SGS :International certification services
3 AFSSA : Agence française de sécurité sanitaire des aliments.
4 AESA : Autorité européenne de sécurité des aliments.
5 JECFA : Comité mixte FAO/OMS d'experts des additifs alimentaires
En France, la libération des lots contenant moins de 300 mg d’huile minérale par kilo de produit fini
est subordonnée à la production par les entreprises, d'analyses attestant du respect de ce seuil. En
aucun cas les industriels ne peuvent diluer de l'huile de tournesol contenant plus de 300 mg par kilo
d'huile minérale avec de l'huile non contaminée
Les unités départementales de la DGCCRF veillent au respect de cette mesure et peuvent réaliser des
prélèvements aux fins d'analyse pour s'en assurer.
Enfin, la Commission européenne a adressé le 16 mai 2008 une mise en demeure aux autorités
d’Ukraine afin que ces dernières garantissent l’absence d’huile minérale à un niveau inacceptable dans
les huiles de tournesol exportées. Cette garantie doit être apportée pour les futures exportations dans
l’UE au moyen de prélèvements et analyses officielles pour chaque lot exporté, l’identification de
chaque lot par un code unique reporté sur les rapports d’analyses, la production d’un certificat officiel
accompagnant ces analyses attestant de l’absence d’huile minérale, la désignation de la ou des
autorités autorisées à fournir le dit certificat et l’envoi des procédures de prélèvements et analyses
La Commission européenne a pris une décision le 23 mai 2008 (publiée au JOUE du 24 mai) par
laquelle elle soumet l’importation d’huile de tournesol originaire ou en provenance d’Ukraine à la
présentation d’un certificat garantissant que les lots concernés ne présentent pas une teneur
inacceptable en huile minérale, et des résultats des prélèvements et des analyses effectués par le
fournisseur pour détecter la présence d’huile minérale. En outre, elle invite les Etats membres à
effectuer des prélèvements et des analyses sur chaque lot d’huile de tournesol en provenance
d’Ukraine.

 

Lien : http://www.bercy.gouv.fr/directions_services/dgccrf/presse/communique/2008/huile_tournesol_situation_270508.pdf

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Date de dernière mise à jour : mardi 20 Mars 2012

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